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M**de à Godwin !

Depuis quelques temps, dans les commentaires internet des articles d’actualités, on voit fleurir des références à la loi Godwin un peu partout. Il est intéressant de se demander pourquoi et quelles en sont les conséquences.

Petit rappel : la loi de Godwin veut que plus une discussion dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler s’approche de 1. Dans un débat, faire référence au point Godwin revient à signifier à son interlocuteur qu’il vient de se discréditer en vérifiant la loi du même nom. Cette référence marque donc un terme au débat, par KO.

Seulement, est-ce que toutes les comparaisons au régime hitlérien ou plus largement à une dictature sont infondées ?
Évidemment, mon propos n’est pas de dire que la France de 2011 est une dictature, ni un régime autoritaire. Mais lors d’une comparaison de deux éléments, nous ne mettons pas au même niveau l’ensemble des caractéristiques de ces derniers. Lorsque l’on dit que quelqu’un dort comme une marmotte, nous ne disons pas qu’il a la même fourrure ou qu’il est capable de prédire la météo comme Phil. Non, nous ne faisons référence qu’à une caractéristique précise de la marmotte : sa faculté à dormir. Ce n’est donc pas parce qu’on fait référence à la seconde guerre mondiale que nous pensons que l’objet comparé est en tout point identique.
Et si le point Godwin est de plus en plus courant sur les forums de discussion, c’est peut être pour une bonne raison : certaines comparaisons sont finalement justifiées.

Justifié par le contexte économique et sociale.
Les premières comparaisons possible peuvent se faire sur le contexte économique et social. En effet, nous sommes aujourd’hui à la sortie d’une crise économique majeure comme celle qui a touché les pays occidentaux en 1929. Comme dans les années trente, nous subissons aujourd’hui une crise sociale importante qui fragilise la cohésion sociale. En effet, lorsque l’on souffre, une tendance naturelle est de repousser la faute sur les autres. Ainsi après la crise de 29, beaucoup d’hommes politiques d’Europe occidentale ont développé des thèses racistes et antisémites, accusant ainsi « l’autre » d’être à l’origine des souffrances de leurs pays. Il est intéressant de constater que ces hommes politiques, venu nourrir les rangs de l’extrême droite, venaient de toutes les bords politiques. Ainsi même au sein de la SFIO le débat a fait rage suscitant le départ de personnes développant des thèses nauséabondes. D’une façon générale, l’Europe connu alors une poussée des parties politiques d’extrême droite avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler et de Mussolini pour ne citer qu’eux. En France, le débat de savoir s’il fallait jouer sur le rejet de l’autre ou au contraire renforcer la cohésion sociale a trouvé une première réponse avec le front populaire qui a permis grâce à une véritable politique sociale d’apporter des solutions. Avant d’être rattrapé par le régime nazi, on connait la suite.

Aujourd’hui nous sommes dans la même situation qu’au début des années 30′. La crise économique se termine (les entreprises du CAC40 refont des bénéfices indécent) et nous, nous subissons de plein fouet la crise sociale qui n’est pas prête de s’arrêter si on continue comme cela. Et comme au début des années trente nous assistons à une montée en puissance des idées racistes où des orateurs, condamné pour provocation à la discrimination raciale, appelle, lors de manifestation du parti au pouvoir, à la suppression de la loi interdisant la haine raciale ! La question est alors de savoir si nous allons continuer à aller dans ce sens, comme l’Allemagne avec Hitler ou si comme en 1936, la France réussira à dire non au morcellement de la société et permettra de sortir de la crise grâce à la cohésion sociale et la solidarité.

Ce sont aussi ça les enjeux des prochaines présidentielles.
Évidemment, on ne peut pas dire « Sarkozy, Hitler même combat ! » mais il est aujourd’hui plus que nécessaire de se souvenir de l’histoire pour voir que la voie que trace Sarkozy ressemble à celle qui a été suivie dans les années trente. Sarkozy n’est pas Hitler, mais ses actions peuvent permettre à d’autres, représentant clairement un danger pour la démocratie de se faire entendre. Ceci est d’autant plus vrai lorsque le FN fait plus de 15% dans les urnes…

Justifié sur la politique sociale.
Comme le souligne Hessel dans son livret « Indignez-vous ! » ou comme le démontre les auteurs du livre « les jours heureux », la politique sociale et économique du gouvernement actuel fait reculer les acquis sociaux à un niveau inédit : ils détruisent les reformes mises en place après la libération. En effet, à partir de 1944, les différentes branches des résistants se sont réunies pour organiser la fin de la guerre vers la libération, mais surtout pour réfléchir aux reformes nécessaires à mettre en place après la guerre pour éviter que de telles catastrophes se reproduisent. Ainsi ces hommes et femmes venant de tout bord politique construisirent un ensemble de reformes afin de permettre au peuple français de sortir de la guerre et de mieux vivre ensemble grâce à un meilleur partage des richesses et à des lois favorisant la cohésion sociale. Leur but premier étant ainsi de repousser les risques d’un retour à un régime dictatorial basée sur la haine de l’autre. Ces reformes sont celles que Sarkozy et son gouvernement détruisent méthodiquement…

Justifié par les dérives identitaires et racistes.
Même s’ils s’en défendent, le gouvernement actuel s’enfonce de plus en plus dans des propos identitaires, racistes et antisémites. Comment ne pas voir, lorsque plusieurs personnalités UMP attaquent Dominique Strauss Kahn sur ses origines, des ressemblances avec les attaques que connurent Leon Blum sur ses couverts soit disant en or, alors que intellectuel de gauche vivant sur l’ile de la cité ce dernier a plus fait pour la cause ouvrière que beaucoup de défenseurs autoproclamés de ces derniers ? En effet, les lois sociales mises en place à cette époque ont marqué et marquent encore l’organisation du travail en France.

Évidement, il y a des différences avec les années trente. Je ne pense pas que tous les discours entendu récemment tenus par des personnalités proches ou apparentées à l’UMP, sont à mettre au même niveau que le discours antisémite d’Hitler. Surtout qu’une partie de ces discours ne reflète pas l’idéologie de ses auteurs, mais est plus utilisé dans un but électoraliste. Le risque de laisser ce discours ce propager est qu’il marque une première étape vers le discours beaucoup plus idéologique et dangereux du front national, qui si rien n’est fait risque d’arriver sur le devant de la scène et qui pour le coup n’a plus beaucoup de chose à envier au discours fasciste. Et on n’en est pas loin, puisque même Jean-François Copé parle maintenant de Marine Le Pen comme d’une présidentiable !
Les discours actuels peuvent donc représenter un risque très important pour notre démocratie. Et la France fait face à des questionnements identitaires que l’on n’avait plus vus depuis les années trente.

Encore une fois, je ne pense pas que Sarkozy souhaite voir s’installer un régime fasciste. Si nous devions le comparer à des régimes dictatoriaux, nous pourrions plus aisément le comparer, sans encore une fois dire que la France est une dictature, aux régimes de la Tunisie Ben-Aliste, ou de l’Egypte de Moubarak dans lesquelles une oligarchie s’organise pour amasser toujours plus de richesses sans s’apercevoir à un moment que la population, elle, n’a plus assez de quoi vivre correctement. Pour s’en convaincre la lecture du livre « le président des riches » explique bien la situation.

Non, Sarkozy n’est pas fasciste et reste républicain, mais il utilise certains thèmes limites car il sait que sa plus grande chance, voire son unique chance, d’être réélu est de se retrouver face à Marine Le Pen au second tour. Quitte à nourrir le terreau raciste de cette dernière.

Il est donc important de faire en sorte d’enrayer rapidement ce phénomène en votant et faisant voter… de préférence à gauche.

1 commentaire. Ecrire un commentaire

  1. boiscolombien

    Très belle analyse !

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