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Vœux pieux

Comme chaque habitant de Bois-Colombes, j’ai reçu la lettre du maire nous présentant ses meilleurs vœux pour la nouvelle année. Il est rassurant que certaines traditions subsistent. Rassurante, c’est justement ce que cette lettre semblait vouloir être. A ne parler que de sécurité, cheval de bataille électoraliste favori du parti présidentiel, toute inquiétude aurait du, à la lecture, se dissiper. C’est pas de chance : ma réaction fut presque inverse.

Bien sûr, les rassureurs me répondront à la va-vite que, trop campés sur leurs valeurs, les socialistes n’auraient jamais réussi à endiguer la violence – mais répliquer cela la semaine même de la diffusion des derniers chiffres de la violence pour 2010 serait cocasse.

Bien sûr, les rassureurs me répondront que, dans le quartier résidentiel où j’habite, je peux avoir le loisir de penser aux valeurs, éloigné d’autres quartiers où les habitants sont plus souvent victimes de l’incivilité et de la violence.

Je ne trouve rien à redire sur le diagnostic de déterritorialisation de la délinquance, « s’affranchi[ssant] de plus en plus des frontières administratives ». C’est une réalité. Je ne trouve rien à redire à ce que « la sécurité des biens et des personnes reste du ressort […] des pouvoirs publics ». Ce serait même, pour certains, leur dernier rôle.

En revanche, je ne peux être d’accord sur la justification « à l’installation de 36 caméras à des endroits stratégiques d[u] territoire [de la ville] ».

De récentes études sur la vidéosurveillance à Londres – ville la mieux dotée d’Europe dans ce domaine – la démonte point par point.

L’effet dissuasif ? Entre 2000 et 2009, d’après les statistiques de la Metropolitan Police, les violences à la personne ont augmenté de 12%. Dans le même temps, depuis 1990, augmentait aussi le nombre de caméras de surveillance, jusqu’à atteindre plus de 10.000 aujourd’hui.

Faciliter l’intervention de la police et l’interpellation des délinquants ? Un haut responsable de la police londonienne s’étonnait que seuls 3% des vols à la tire soient résolus grâce à la vidéosurveillance. Certains chiffres moins pessimistes montent jusqu’à 20%. Mais une comparaison entre le nombre de caméras par quartier et la proportion de délits résolus conclue que la police n’a statistiquement pas plus de chance d’interpeller les délinquants dans les quartiers bardés de caméras de surveillance que dans ceux où elles existent à peine. Mieux, la luminosité de la rue – quand, de nuit, certains passages de notre ville ne sont parfois pas éclairés – serait plus dissuasive !

Certes, Bois-Colombes n’est pas Londres mais ces études, que l’on pourrait certainement transposer, révèlent donc un constat d’évidence : il n’y a aucun lien de causalité entre l’augmentation du nombre de caméras de surveillance et la diminution de la délinquance. Ces deux facteurs sont indépendants.

Voilà pourquoi cet investissement pour notre ville, malgré les garanties exprimées sur la confidentialité des images et le respect de la vie privée – tout à fait normales et heureuses, d’ailleurs – peut produire chez certains un drôle d’effet et sur lequel les rassureurs ne m’ont assuré de rien.

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