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Éradiqués

Témoignage de P. Labbé

L’été : temps des vacances pour certains mais aussi pour la municipalité l’opportunité de multiplier les décisions modifiant profondément l’urbanisme et la typologie de la ville. A partir de quelques témoignages, illustrons la manière employée et rappelons les conséquences humaines de ces décisions.

Secteur Argenteuil Bourguignon : la mairie a décidé de raser 4 «pâtés» de maisons pour construire des immeubles. Les quelques logements aidés (pour cela l’EPF dispose de 2 parcelles) suffisent pour justifier les 75 à 80 % de logements privés. Les habitants (tétanisés depuis 3 ans par ce couperet au-dessus de leur tête) ont constaté, preuve à l’appui, que les dédommagements proposés ne leur permettent pas de se reloger à l’identique dans le quartier et même au-delà. On leur rétorque qu’il faut qu’ils acceptent de devoir s’éloigner de la commune ou de se contenter d’une surface plus petite.

Pour « débloquer » la situation, la mairie vote en juillet une enquête publique et en août installe un panneau publicitaire représentant les futurs immeubles. L’enquête n’a même pas démarré mais le message envoyé est limpide : « C’est acquis, ne vous faites aucune illusion sur les résultats de l’enquête (que la loi voudrait pourtant impartiale et neutre) nous contrôlons la situation ». Le numéro de cet été du journal de Bois-Colombes annonce triomphalement en Une la signature avec BOUYGUES de l’aménagement de la ZAC Nord. On continue à avancer les mêmes arguments mensongers pour justifier qu’on utilise la puissance publique pour servir des intérêts de groupes privés et de leurs actionnaires. Entre autres : il a été démontré que le square Pompidou porté à un hectare augmentera sa superficie que d’environ 50 %, ce qui est loin de compenser les surfaces d’espaces verts perdus avec les ventes du Mignon et d’une partie de Pompidou mais Mr Révillon persiste à annoncer le doublement de la superficie du square. Eradication des logements insalubres : argument imparable ! Mais la société d’expertise choisie et payée par la mairie pour recenser les logements insalubres n’en a finalement dénombré que 5-6 parcelles soit 5 à 7 % des 240 logements que la mairie veut raser.

Car les grands absents de cette « vision de ville à taille humaine », ce sont les 240 ménages que la municipalité veut, par ce projet, contraindre  (et s’il le faut par la force) à quitter leur toit pour un ailleurs très incertain. La foudre leur est tombée dessus mais, dans son journal, le Maire n’a même pas un mot pour eux. Sont-ils virtuels ? Ils ont depuis des années contribué à faire vivre ce quartier et participé (ne serait-ce que par leurs impôts locaux) au développement de la ville mais ils n’ont droit qu’à une indifférence méprisante. Ils ne savent pas pourquoi mais ils font partis des éradiqués.

Mr Révillon adopte souvent en public la posture de l’homme proche de ses citoyens, volontiers compatissant. Pourtant quel plus grand mépris peut on manifester que de feindre d’ignorer jusqu’à l’existence même de ceux que l’on a décidé d’exclure ?

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