HAUT

1,8 millions d’euros pour vivre dans un loft ou la vidéosurveillance à Bois-Colombes

La vidéosurveillance est aujourd’hui, portée par une opinion publique favorable, plébiscitée par toutes les tendances politiques confondues. D’ailleurs, il convient de souligner le glissement sémantique puisque le mot de vidéoprotection est préféré à celui de vidéosurveillance. Cela rassure car on ne veut plus nous espionner mais nous protéger comme si une caméra ne servait pas à filmer !

Ce désir de protection ne doit pas masquer les enjeux et les questions philosophiques attachées à ce moyen.

Afin d’affirmer que la mise en place d’un système de vidéo protection permettait de diminuer le nombre de faits délictueux (-33,8 %), le rapport du ministère de l’Intérieur pour l’année 2008 s’appuie sur les chiffres de la délinquance générale.

A savoir que cette notion recouvre tous types de délits comme les chèques volés, les violences conjugales, les infractions économiques, les infractions au Code du travail, autrement dit des délits sur lesquels la vidéosurveillance n’a pas vocation à agir !

A noter que dans le même temps une baisse tout aussi significative (-30,5%) dans les zones non-équipées. Autrement dit la présence des caméras ne permettrait qu’un faible écart de trois points.

La vidéosurveillance permettrait une résolution aisée et rapide des affaires. Pour autant si nous étudions les chiffres du rapport du ministère de l’Intérieur pour l’année 2008, nous nous apercevons que pour 770 faits élucidés dans 63 brigades de gendarmerie cela représente 12 faits par an et par brigade, soit un par mois.

Danger de la dérive sécuritaire

Dans une société où la banalisation de l’information est constante, où même la population expose sa vie privée sur l’espace public – voir l’explosion des réseaux communautaires et la mise à disposition de vidéos personnelles – l’installation de la vidéo perd son caractère intrusif pour un caractère apaisant, rassurant.

Toutefois, si le quidam peut se montrer indifférent à être filmé comme un travailleur honnête, un simple promeneur, le sera-t-il tout autant lorsqu’il sera considéré comme délinquant présumé ?

En effet, aux images vidéos peut être associé des logiciels capables d’analyser un comportement et d’en tirer un enseignement pour le « faire corriger ». Au-delà des interprétations abusives, déraisonnées possibles, la surveillance constante perd de son côté préventif pour devenir répressif.

Impression d’agir sur l’insécurité

Le caractère rassurant est partagé aussi par les autorités politiques, qui peuvent, avec une installation de quelques caméras sur un lieu public – tant qu’à faire ayant donné lieu à un fait divers – donner l’impression d’agir contre l’insécurité, sans avoir une approche plus globale du problème et à moindre coût financier.

De plus, il peut être aisé pour quelqu’un de mal intentionné de ne pas être vu (cagoule, angle mort…). Une caméra ne remplace pas du personnel qui patrouille.

Coût économique

Si l’Etat subventionne l’étude préalable d’implantation et l’installation des caméras (291 280 euros pour l’Etat auquel il faut ajouter 334 890 euros pour le Conseil Général) le gros des investissements repose sur les communes qui doivent assurer le coût d’installation (1 750 900 euros prévu dans le budget primitif 2010 pour 36 caméras), du fonctionnement, de l’entretien et les salaires des opérateurs.

Ainsi chaque année, il faudra dépenser 30% du coût initial pour pérenniser le système.

L’argument de diminution de coûts (économie de coûts des personnes habituellement en charge de patrouiller) est facile à réfuter car il faut bien des personnes derrières les caméras afin de pouvoir au moins interpréter les faits et gestes visualisés et agir en conséquence.

Privatisation d’une mission régalienne

A terme, nous pourrions légitimement nous poser la question de la privatisation d’une mission traditionnellement dévolue à l’état (de la pose à la maintenance, de l’interprétation à la réponse apportée).

Vous trouverez sur le site un article plus étoffé et un sondage sur la mise en place de la vidéosurveillance à Bois-Colombes.

Ecrire un commentaire

Votre email ne sera jamais publié ou partagé.

Vous pouvez utiliser ces tags et attributs HTML :<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.