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Le malaise de la va-vite

 

(Cette article est pour l’instant dans sa version courte, d’ici quelques jours une version longue sera disponible…)

Il y a près de deux mille cinq cents ans, Socrate, accompagnant Hippocrate qui souhaitait suivre l’enseignement du philosophe Protagoras, posa cette alternative : « Mais peut-être, Hippocrate, penses tu que tes études chez Protagoras auront un autre but, comme celles que tu as faites chez le maître d’école, le maître de cithare, le maître de gymnastique; tu as reçu l’enseignement de chacun de ces maîtres, non point en vue d’en faire métier et profession mais pour te cultiver, comme il convient à un profane et à un homme libre ». Deux mille cinq cents ans plus tard, la question est toujours actuelle : le lycée doit-il être une passerelle vers la formation professionnelle et donc induire une spécialisation des savoirs ou un lieu d’apprentissage d’une culture générale et de formation de l’esprit critique ?

Par suite de nombreuses manifestations de lycéens et de professeurs ainsi que d’un calendrier législatif chargé, la réforme de Xavier Darcos pour une réorganisation du lycée a été reportée. Elle consacrait la mise à bas des filières (scientifique, économique et social, littéraire, technologique) au profit d’une organisation en module désormais réglée en semestre et non plus en trimestre, sur le modèle de l’université. Dans la filière droit par exemple, l’élève, outre un tronc commun de matières fondamentales et obligatoires, choisit plusieurs options et ainsi peut mêler plus librement des matières autrefois séparées par les barrières imperméables des filières. Cependant, cet objectif de permettre à l’élève d’accéder à de nouvelles matières s’accorde mal avec la diminution de nombre hebdomadaire d’heures de cours et de celui des professeurs (passant de quatre vingt mille d’ici quatre ans). Quelle liberté face à tant de contraintes ? Je souhaiterais insister sur le contenu du tronc commun.

Si la philosophie fut sauvée [voir l’article sur le site] il fut question d’inscrire l’histoire uniquement en option. Or, comment imaginer rendre optionnel un savoir si fondamental pour la formation de l’esprit critique et citoyen, surtout à une époque où son instrumentalisation, notamment politique, va croissante ? Placer l’histoire comme enseignement facultatif revient à favoriser l’écran de fumée de l’histoire officielle ; c’est définitivement préférer le brouillard à la lumière.

Mais le sarkozysme, quand il n’est pas l’échec des idées, est presque toujours l’échec d’une méthode. Le constat de dysfonctionnement est souvent juste, la théorie est parfois intelligente, la mise en pratique est rarement efficace mais, puisque la troisième étape est fixée, elle circonscrit la seconde, et ainsi sont annoncées des réformes brumeuses et incomplètes, établies sans grande concertation.

La réforme veut donc instaurer un lycée qui enseigne davantage une culture qu’un métier. L’idée du choix est séduisante mais sa mise en pratique semble incertaine. La question demeure de savoir si le lycée peut vivre dans cet état nouveau, car cette liberté ainsi instaurée sert-elle réellement les « hommes libres » dont parlait Socrate ?

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